Gabriel H. Osson

Je connais Gabriel Osson depuis longtemps et j’ai toujours eu beaucoup d’estime pour lui. Faire son portrait était pour moi un prétexte pour le revoir et me laisser emporter par ses paroles qui résument bien ses passions multiples que sont, entre autres, l’écriture, la peinture, la radio. Je l’ai appelé et nous avions convenus de nous voir dans son appartement torontois. Assis sur la belle terrasse qui domine un peu son quartier et d’où on peut avoir une vue panoramique de Toronto, nous avons échangé sur nos dernières productions et sur la perte des êtres chers qui nous a frappés tous les deux pratiquement au même moment. Un sujet en appelant un autre, le portrait de ce grand artiste se dessinait de lui-même.

Au cours de la conversation, Gabriel témoigne de la nécessité d’écrire, de sa soif de se ressourcer de temps en temps. J’en profite alors pour lui poser quelques questions en lien avec son identité plurielle. Après tout, Gabriel est un auteur franco-ontarien originaire de Haïti, comment alors donner à son écriture des couleurs plurielles sans renier l’une ou l’autre de ses appartenances? « Mon dernier roman [Hubert, le restavèk paru aux Éditions David] m’a ramené en Haïti de façon toute naturelle, il me semble. Mon vécu étant ici, je n’ai pas de difficultés à passer de l’une à l’autre de ces identités tout en restant moi. »

Est-ce à dire que la question du déracinement occupe une place particulière dans sa littérature et sa peinture? Gabriel propose une réponse en deux temps: « De moins en moins quand je suis ici. Ce qui est difficile c’est quand je retourne là-bas et qu’il faut que je revienne ici. Alors l’angoisse me tient. » Gabriel définit cette angoisse comme une « angoisse de touriste » en parlant d’un pays « qui ressemble au paradis sans les problèmes de quotidien de ceux qui y vivent chaque jour. »

Il m’annonce son voyage prochain à Port-au-Prince, nécessaire à tous points de vue. D’abord pour le voyage lui-même et ensuite pour, sans le savoir vraiment, trouver de la matière pour un livre, une toile ou simplement pour un échange d’idées. Je voulais alors savoir quels étaient ses sujets de prédilection, s’ils étaient les mêmes dans toutes les disciplines dans lesquelles il excelle, soit le roman, la poésie et la peinture. Pour Gabriel, les expressions varient: « En poésie, c’est souvent l’amour, l’observation du quotidien, le mal du pays parfois. Dans les romans jusqu’ici, ce sont les souvenirs du pays. La peinture est un mélange, un foisonnement de couleurs, l’inspiration là est tantôt abstraite, tantôt figurative. »

Nous ne pouvions pas nous quitter sans parler d’avenir. Gabriel est un jeune retraité: je voulais savoir comment il recevait sa nomination au Prix Christine-Dumitriu-van-Saanen (remporté cette année par Claude Guilmain): était-ce le repos du guerrier ou le bonjour à l’écriture et à la peinture? « L’écriture et la peinture s’inscrivent dans une mouvance, un continuum » affirme Gabriel. Il ajoute: « J’ai toujours vécu mon art en parallèle avec le travail. J’alterne encore entre l’écriture et la peinture. Je viens de terminer un roman et j’en attaque trois de front. J’ai un projet de haïkus sur la planche ainsi qu’un recueil de poésie. J’aimerais avoir quatre mains et deux têtes. »

Nous nous sommes quittés dans quelques éclats de rire et je lui ai souhaité bon vent pour le dernier roman.

Un portrait signé Aristote Kavungu