Aristote Kavungu

Ce fut avec bonheur que j’ai revu Aristote que j’ai croisé à Toronto dans le passé. Depuis sa migration vers les banlieues, je le voyais moins souvent récemment à Toronto.

Aristote est écrivain, scénariste et professeur de lettres. Il a été finaliste au Prix Anne-Hébert pour son livre L’Adieu à San Salvador, paru aux Éditions de l’Interligne en 2001. En 2003, à la suite de la parution de son roman Un train pour l’Est, il est d’abord finaliste au Prix des lecteurs de Radio Canada, puis remporte le Grand Prix du Salon du livre de Toronto. Il a aussi remporté le Prix Primaco de l’Ontario pour ses accomplissements artistiques.

Aristote était poète à l’origine, mais il a bifurqué vers le roman, la nouvelle et l’écriture cinématographique un peu par la force des choses: « C’est l’état de l’âme du moment qui choisit la forme d’expression. Il y a des sujets que je préfère donner à lire plutôt qu’à voir, mais le tout converge vers un seul but, c’est-à-dire, comme disait Yves Bonnefoy, écrire pour sauver de toute urgence l’enfant qui est en moi. » Même s’il a plusieurs livres à son actif, il considère qu’il n’a jamais écrit qu’un seul livre, « celui qui s’apparente à une bouée de sauvetage, la société égoïste m’y oblige ».

Tu enseignes la langue et la littérature française à Whitby. Arrives-tu à concilier ton métier d’écrivain avec celui-là?

« Ce serait mentir si je disais oui. Le premier est un travail alimentaire, avec ses obligations et ses contingences. Le métier d’écrivain est différent. Il est intemporel, en plus d’être solitaire. Pendant l’année scolaire, je passe mon temps à prendre des notes, sur papier ou avec mon dictaphone et j’essaye de ne pas laisser libre-cours à la frustration de ne pas avoir du temps personnel pour écrire. De toute façon, je suis de nature assez paresseuse en écriture, d’où les intervalles qu’il y a entre mes livres. »

Mais, entre nous soit dit, Il ne s’en porte pas plus mal. Il ne vit pas avec douleur ce compagnonnage entre son métier d’écrivain et sa profession d’enseignant, qu’il aime beaucoup aussi parce qu’elle est assez gratifiante et lui laisse amplement le temps de penser à l’écriture. Et aussi, parce qu’il enseigne la littérature, il reste donc en contact permanent avec les livres, avec les grands auteurs qu’il admire, de Camus à Romain Gary, en passant par Louis-Ferdinand Céline ou Baudelaire.

Le plus grand défi pour Aristote, c’est toujours réfléchir en termes de déracinement. Pour celui qui, comme lui, a traversé trois continents – l’Afrique, l’Europe et maintenant l’Amérique – il se doit de tirer parti de tous ces gestes de déracinements, volontaires ou forcés, mais qui présentent autant d’expériences plus ou moins enrichissantes. Toutes les situations ont leurs particularités, mais il a personnellement la chance d’exorciser ces démons du déracinement par l’écriture, refaire la distance qui le sépare de la terre de sa mère par exemple et s’en trouver ragaillardi d’une certaine manière: « Quand je suis arrivé ici au Canada, les gens avaient parfois du mal à comprendre mon style d’écriture tant il est le fruit de mon expérience plurielle dont je parlais, mais au final, ils ont estimé que c’était de la valeur ajoutée à la littérature franco-ontarienne dans laquelle moi-même je me suis enraciné avec bonheur. »

Projets futurs?

Tous les écrivains ont toujours de projets futurs, quelque chose en gestation dit Aristote avant de préciser: « Je ne fais pas exception. Je viens de finir un roman, j’en ai commencé un autre et aussi, je travaille sur un projet de moyen-métrage. » Il ajoute que parfois, lorsqu’on vient de sortir un livre, on oublie qu’il faut lui laisser le temps de faire sa vie un peu.

Il a publié Dame-pipi blues l’année dernière, c’est un bon prétexte pour répondre à ceux qui lui reprochent gentiment sa lenteur! Pour le reste, il prend les choses comme elles viennent: « Écrire est tout simplement un projet permanent et je savoure cette chance que j’ai d’utiliser à ma guise le temps qu’il me reste pour commettre des projets qui me tiennent à cœur. »

Nous avons tous hâte de te relire très bientôt!

Un portrait signé Gabriel H. Osson